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Espoirs du jazz
 

« Je rêve, et c’est là tout mon repos. Car je rêve d’un monde étrange. Ne trouvant mon soulagement ni auprès de mes proches, ni auprès des inconnus ». Telles sont les paroles de la nouvelle composition Bahlam (je rêve) du jazzman Yéhia Khalil. Cette œuvre très émouvante a été jouée pour la première fois lors d’une soirée de jazz tenue à l’Opéra du Caire, le 19 janvier dernier, afin de célébrer la révolution.

La soirée s’est alors intitulée Al-Sawra mostamerra (la révolution en continu), même si elle a parfois dépassé ce thème, car le jazzman n’aime pas préparer le programme de ses concerts trop précisément. Au contraire, il fait toujours place à l’improvisation et aux coups de tête. « Joué et chanté par les musiciens de mon groupe, Bahlam est né il y a quatre mois aux Etats-Unis, où j’ai subi un long traitement médical. En dépit de son tempo nostalgique, cette composition n’est pas spécialement dédiée à la révolution du 25 janvier, pas encore consacrée, mais elle s’inspire de l’âme de cette dernière. Le régime Moubarak continue à survivre, du coup, je ne peux pas célébrer vraiment cette admirable révolution. Il suffit de rêver, d’aspirer à un avenir meilleur. C’est le cas d’ailleurs de toutes mes compositions qui chevauchent souvent le quotidien en ayant un œil sur le futur. Le jazz est la musique de l’homme contemporain. Une musique capable d’atteindre, à tout moment, joie, espérance, déprime et rêve », souligne Yéhia Khalil, dont la composition Bahlam est en forme de quatrain. Il l’a dédiée à son ami, feu le parolier Abdel-Réhim Mansour.

Le jazzman dynamique, aussi bien dans la vie que sur scène, a brillamment lié sa composition Bahlam à un mawal (chanson populaire aux récitations poétiques), allant du soufi au zar, pour transmettre à son auditeur une belle épopée musicale. Une vraie fusion créative, de jazz occidental et groove puissant (avec batterie, guitare, basse, saxophone et congas), imbibée d’une saveur orientale délicate (avec les darboukas, daff, qanoun, nay, mizmar, req et rebaba). Outre Bahlam, le jazzman a choisi de jouer, pour la première fois, une autre nouvelle composition : Al-Amal (l’espoir). Son crescendo orchestral et son ton héroïque inaugurent intimement la soirée de Yéhia Khalil, de retour sur la scène musicale en Egypte, après des mois d’absence pour des raisons de santé. Ce dernier a choisi alors d’offrir au public un large éventail de ses plus belles compositions. Sa façon d’agir sur scène, avec ses coups de frappe énergiques et rapides, ainsi que ses drums vibrants et sonores, crée une belle fusion jazzy. « J’ai préféré imprégner mon concert La révolution en continu, d’une sauce purement égyptienne avec des musiciens tous égyptiens. Et ce, contrairement à mes concerts habituels recevant des invités d’honneur étrangers », déclare Khalil. Celui-ci n’a pas manqué, une fois sur scène, de faire part de son indignation quant au retrait de Baradei de la course présidentielle : « On n’a pas réussi à établir une vraie démocratie, du coup, ElBaradei ne peut plus se présenter aux présidentielles dans le contexte actuel ». Et d’ajouter : « Je suis triste pour le retrait de celui qui a déclenché la révolution. Il représente pour moi le Martin Luther King de l’Egypte. Sans trop s’immiscer dans la politique, mon art, aspirant à une renaissance absolue, a quand même pour mission de suivre l’esprit de la révolution, ses espoirs et son énergie, à même d’alimenter les âmes ». C’était donc inévitable de jouer quatre compositions parmi son dernier CD, Iqae al-roh (rythmes de l’âme), sorti en 2010, lequel a regroupé dix des plus beaux morceaux,et qui est représentatif de ses 50 ans de carrière. « Je dois ressentir ce que je joue. C’est mon secret », lance le jazzman indépendant qui a lancé il y a quelques années une association privée de jazz.

Actuellement, il s’apprête à organiser son Festival international Cairo Jazz, affiché de manière permanente au mois d’octobre à la Citadelle du Caire.

Et pour clôturer la soirée du 19 janvier dernier, Khalil a eu recours aux paroles du poète du dialectal Ahmad Fouad Negm, à travers une nouvelle composition, soit la dernière de la soirée, intitulée Misr (l’Egypte). Un morceau qui fait bouger les âmes, capable de les apaiser ou de les faire voyager dans le temps. Une sorte de nostalgie orientale.


AL-AHRAM Hebdo 

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2012/1/25/arts2.htm