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Un Demi-siècle de Jazz
 

Pour célébrer ses cinquante ans de jazz, Yéhia Khalil a choisi de présenterIqae al-roh (au rythme de l’âme), un album regroupant ses plus belles compositions. Un CD qu’il a emporté avec lui en Afrique du Sud, pour participer à la première semaine culturelle arabe tenue au Prétoria et à Johannesburg. Il sera aussi au menu de ses deux prochaines soirées musicales, prévues au Centre des Jésuites à Alexandrie et à SaqietAl-Sawi, au Caire.

A l’écoute de Donia (vie), l’on reconnaît tout de suite le style Yéhia Khalil, avec un ton vif teinté d’un spleen très émotionnel, dû surtout à l’usage du nay (flûte orientale). L’arrangement est tout à fait fidèle à ce même style et l’on peut imaginer le jazzman sur scène, avec ses coups de frappe énergiques et ses drums vibrants, servis d’un beau mixage entre instruments orientaux (nayqanoun, tabla) et occidentaux (saxophone, guitare). Les rythmes sont tantôt ascendants, tantôt descendants. C’est d’ailleurs sur ce style fusionné que mise Yéhia Khalil, souvent entouré intimement de ses batteries, noyau sonore et attrayant de tous les autres instruments qui l’accompagnent.

Crescendo est l’une de ses compositions qui mélangent rythme accéléré à cadence soudainement ralentie, dans un jeu sonore à la fois dynamique et sage. « L’énergie de mes arrangements percussives, de ma musique orientale authentique et de mon jazz propose un voyage musical qui nourrit à la fois l’esprit et l’âme », dit le jazzman, qui a réussi depuis belle lurette à s’attirer un large public, notamment parmi les jeunes.

Il a pensé intelligemment dans Iqae al-roh à offrir à ces derniers, sous le titre d’OumKalsoum, une « trilogie » des plus belles chansons de la diva, composées par Mohamad Abdel-Wahab et Riyad Al-Sonbati, à savoir, Amal hayati (l’espoir de ma vie), Al-Qalbyeachaq kol gamil (le cœur aime tout ce qui est beau) et Daret al-ayam (les jours ont passé). « J’ai pensé dédier à la jeune génération, qui n’aime pas trop cette diva de l’Orient, trois chansons, arrangées de manière originale, allant de pair avec le goût jazzy. Ce, dans une tentative de toucher à leur joie, chagrin ou rêve », exprime Yéhia Khalil.

Son nouvel album regroupe sans doute sa fameuse composition Hakawi al-qahawi (histoires de cafés), laquelle a constitué un vrai tournant pour le jazzman, ayant débuté à un âge précoce. C’est à 13 ans que Yéhia Khalil a formé sa première troupe de jazz, sous le titre de Cairo Jazz Quartet. Ne trouvant pas beaucoup d’échos dans les années 1960, la radio etla télévision égyptiennes lui étaient fermées. Le jeune musicien décide alors de partir aux Etats-Unis, à l’âge de 21 ans, pour étudier à l’école de jazz Old Roy Knapp.

A travers son dernier album, il fait un clin d’œil à ces années passées en Occident, en reprenant quatre morceaux célèbres : 5/4 de Didier Malherbe, Délila de Camile Saint-Saëns, España de Don Cameron et Caravane de Duke Ellington. Introductions dynamiques, variations vives, tempos entraînants et équilibre sonore dans un beau dialogue interculturel. C’est ce qui caractérise sa musique comme d’habitude.

Et pour contribuer à la diffusion du jazz en Egypte, il a récemment monté sa propre association et lancé un festival international de jazz, dont la première édition s’est déroulée à la Citadelle du Caire au mois d’octobre dernier. Un festival qui désormais fait partie de l’agenda culturel du pays, car Yéhia Khalil compte en faire un rendez-vous annuel.

Al-Ahram Hebdo

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2010/11/3/arts4.htm